Yves
Photo: Yves Brillon
Je suis à la retraite depuis quelques années. En novembre 1997, j'ai créé un site internet de poésie: L'Île de Calliope où je présente ma poésie personnelle ainsi qu'une Anthologie des poètes du web. Depuis juin 2005, je me suis orienté davantage vers l'écriture des haïkus. J'ai publié quelques uns de ces poèmes dans deux ouvrages collectifs et j'ai participé activement à plusieurs revues (Gong, Casse-pieds, Marco Polo magazine, Haïkaï), et à des groupes de discussion et d'écriture sur les haïkus. En 2007, j'ai publié aux Éditions Karedas, à Paris, mon premier recueil de haïkus: D'un instant à l'autre. Il est illustré par Monique Lachapelle.
Monique
Elle est orthopédagogue, maitenant à sa retraite. Depuis plusieurs années, elle suit des cours de photoshop, un logiciel qui la fascine et qui lui permet de donner libre cours à sa créativité. Je me sers de plusieurs de ses créations pour illustrer mes haïkus. Elle a obtenu un Cerficat en Histoire de l'Art, ce qui lui a permis d'obtenir une bonne connaissance de toutes les tendances artistiques des plus anciennes aux plus modernes, du figuratif à l'abstraction. Elle adore voyager et faire les musées... et moi aussi...
coup de foudre
mes yeux perdus dans les tiens -
j'en tremble encore
Pour nous écrire: Monique et Yves
Qu'est-ce qu'un haïku?
C'est une forme de petit poème qui est né au Japon au XVII ième siècle. La paternité de ce genre poétique revient à Basho. Le poème ne comporte que trois vers et 17 syllabes. La structure classique est la suivante: cinq syllabes pour le premier vers, sept pour le second et cinq pour le dernier. Ce que l'on résume, ordinairement, en parlant de la forme 5/7/5. On distingue deux types de haïku: le haïku proprement dit et le senryû.
Le haïku a presque toujours un contenu à connotation zen. Il fait obligatoirement référence à un élément de la nature (un kigo), tels le soleil, un insecte, une fleur, la mer...et résume en trois lignes un état d'âme, une image. C'est comme une photographie qui fige le moment présent. Ici et maintenant. Mais il n'exprime pas d'émotions par des comparaisons, des métaphores ou des rimes. Il reste plutôt neutre au niveau des sentiments et joue avec les similarités, les oppositions, les analogies, les juxtapositions et les contrastes pour créer un effet harmonieux, une réflexion, voire même un objet suscitant la contemplation. C'est comme une photo, l'émotion provient du sujet, des ombres et des lumières, de la perspective et de l'angle de vue. Un exemple d'Issa (1763 - 1827):
Viens donc moineau
sur ce carré de neige fondue
devant ma porte
Ici, on ne retrouve pas la forme 5/7/5 parce qu'il s'agit d'une traduction faite à partir du japonais. Ce qui a été dit plus haut ne signifie pas que tout haïku soit dépouvu d'émotions et de sentiments. S'il y en a, ils découlent d'une association de mots et de représentation globale du haïku.
Le senryû, lui, se rapporte moins à la nature elle-même qu'aux êtres humains, à leurs travers, à leurs comportements, à leurs contradictions, aux évènements politiques, ;a la vie quotidienne... Humour, critique, jeu de mots, ironie, satire, grivoiserie y sont utilisés. Il n'y a pas, ou beaucoup moins, de référence directe à la nature que dans le haïku où elle est obligatoire. Voici un exemple de senryû de Buson (1716 - 1764) :
Sa Grandeur l'Abbé
Faisant sa grosse commission
Sur la lande fanée
Le haïku et le senryû, aujourd'hui, ne sont plus autant différentiés l'un de l'autre et les règles du 5/7/5 ne sont pas toujours respectées par tous les haïkistes. Certains vont s'astreindre à la forme traditonnelle, d'autres conservent les 17 syllabes, les distribuant à leur guise, d'autres ne conservent que l'agencement "court/long/court" sans du tout tenir compte du nombre de syllabes. D'autres encore ne se donnent aucune règle et introduisent des métaphores, des rimes, des images poétiques et écrivent sur une, deux, trois ou quatre lignes. Le haïku et le senryû se sont ainsi libérés des contraintes et permettent à chacun d'adopter les règles qui lui conviennent le mieux pour partager sa vision du monde. Et c'est bien ainsi... sauf que, passé certaines limites, il n'y a plus ni haïku ni senryû mais que des poèmes à trois ou quatre vers. Ce qui est bien aussi mais relève d'un tout autre genre littéraire.


